Les herbes à parfum jouaient autrefois un rôle vital en améliorant ou en déguisant les senteurs déplaisantes provoquées par l'absence d'égouts, par les monceaux d'ordures et par le manque d'eau courante. Aujourd'hui, le rôle éminent joué autrefois par les herbes senteur, nous est rappelé par l'usage que suivent encore les juges de la Haute Cour, en Angleterre, de porter des bouquets dans les occasions solennelles. A notre époque, on n'a pas cessé d'aimer les parfums. Ils nous sont fournis par les fabricants de cosmétiques. Mais on a encore du plaisir avec les arômes naturels, et quoique beaucoup de « créateurs » de plantes nouvelles l'aient oublié, bien des jardiniers savent apprécier le parfum de leurs roses, de leurs oeillets, autant que la valeur décorative pour laquelle ils ont été créés. Voici quelques herbes dont il n'a pas encore été question.
Aurone. (Artemisia Abrotanum). C'est la plus connue des plants du genre Artemisia, à cause de ses feuilles grises. À part l'estragon, qu'on cultive pour la cuisine, Les Artemisias (Armoises), ne sont pas cultivées dans le jardin d'herbes pour leurs propriétés culinaires ou médicinales (exceptés l'A. Absinthium, l'absinthe, dont on tire un vermifuge), mais pour leur feuillage, d'un effet charmant parmi les autres plantes. Ne laissez pas les buisson d'Aurones devenir trop hauts et dénudés du bas. Rabattez-les complètement en mars pour avoir une touffe de 60 cm de hauteur. Les feuilles peuvent entrer dans les pots-pourris, mais avec discrétion, car elles ont un parfum violent.
Balsamite. (Menthe-Coq, Balsamita Vulgaris ou Pyrethrum Tanacetum). Ce n'est pas l'arbre dont on tire le camphre, mais une vivace rustique de 0,90 à 1,20 m. Avec son feuillage grisâtre et ses fleurs en forme de marguerite, c'est une herbacée superbe, à cultiver en arrière des plates-bandes ou devant des plantes encore plus hautes. Ce buisson émet une odeur de curry, plus prononcée si on frotte la feuille entre ses doigts. Ces feuilles peuvent être ajoutées à un curry à la fin d'une préparation. On peut les sécher, mais leur parfum est alors très affaibli.
Lavande. (Lavandula Sp). Les lavandes sont une « nécessités » pour tout jardin d'herbes, mais choisissez-les soigneusement, de manière à sélectionner des variétés qui conviendront à votre plan. Il y en a des naines et des hautes ; les fleurs vont du blanc au pourpre en passant par le « bleu lavande », évidemment. Leur culture est décrite au chapitre des arbustes et buissons. La lavande séchée est toujours utilisée dans bien des maisons pour chasser les mythes et pour donner une bonne odeur aux vêtements dans les armoires. On utilise souvent les fleurs en pots-pourris. Celles qui ont la couleur la plus foncée passent pour être les plus parfumées. Pour avoir de la lavande sèche, cueillez les tiges florales quand toutes les fleurs sont écloses, et faites-en de petits bouquets. Faites toujours votre récolte par temps chaud et ensoleillé. Si vos bouquets doivent être suspendus dans une armoire, il y sécheront très bien. Pour les sachets et les pots-pourris, suspendez les bouquets quelques heures au soleil avant de détacher les fleurs avec vos doigts.
Phlomis. (Phlomis Fruticosa). Ce buisson rustique et très connu dans le jardin d'herbes. Avec son feuillage gris et ses fleurs d'un jaune éclatant, le Phlomis est superbe en juin et juillet. On le cultive surtout pour le parfum de ses feuilles fraîches ou sèches.
Reine de mai. (Asperula Odorata). Le nom botanique de cette plante indique son parfum. C'est une plante sauvage de nos forêts, garnies de petites fleurs blanches odorantes en mai, et on la recommande pour les jardins. Elle se multiplie par division des rhizomes. Au Moyen Âge, on en suspendait des bouquets secs au plafond des chambres pour masquer la mauvaise odeur. C'est surtout quand elle est sèche que son parfum se développe ; en Alsace, on en fait souvent mariné un bouquet dans 1 L de Riesling pour le parfumer davantage.
Romarin. (Rosmarinus Officinalis). Voici une autre « obligation » du jardin d'herbes, en plus de son usage culinaire d'un rôti d'agneau, de veau ou de poulet, ou de ses usages cosmétiques ou pharmaceutiques, simplement pour le plaisir que donne un buisson de romarin avec son feuillage odorant. De 1,20 m de hauteur en moyenne, il peut atteindre 2 m. Quoi qu'originaire du sud de l'Europe, il est assez rustique dans les régions plus froides, ou seuls les hivers sévères le font périr. Il se multiplie facilement par semis, ou par marcottage en été. On peut en faire des haies. Tondez-le comme toutes les haies après la floraison, mais n'y touchez plus en automne. On fait sécher les petits rameaux et on détache les feuilles. On peut l'introduire dans un pot-pourri. N'en abusez pas dans la cuisine, car il est facilement écoeurant et indigeste.
Rue. (Ruta Graveolens). Les herboristes d'autrefois faisaient grand cas des vertus de la rue. Elles guérissaient les empoisonnements, les bronchites, les « douleurs torturantes » de la sciatique et elle faisait disparaître les verrues. Aujourd'hui, la rue est un « personnage » obligé des jardins d'herbes, pour son feuillage bleuâtre. La plante fleurit de juin à septembre. Pour un odorat normal, son odeur est désagréable. Elle se multiplie par semis au printemps ou par bouturage d'un jeune bois en été.